Le capital humain, clé de longévité des PME | Stéphane Page et Étienne Savary chez CONDIS SA

Dans cette série, Renaissance part à la rencontre de deux entreprises centenaires de son portefeuille pour comprendre ce qui, au-delà des chiffres, permet à une PME de traverser les générations.

À travers des interviews en immersion, nous explorons un critère clé pour Renaissance : la place du capital humain. Culture de travail, fidélité des équipes, transmission du savoir-faire et qualité du leadership apparaissent comme des facteurs déterminants pour construire la continuité et soutenir la création de valeur sur le long terme.

Ce cinquième et dernier article de la série prolonge l’immersion chez CONDIS SA à travers un échange entre deux perspectives : celle de Stéphane Page, CEO, et celle d’Étienne Savary, qui a passé plus de 30 ans dans l’entreprise et continue aujourd’hui à en transmettre le savoir-faire.

Entreprise fribourgeoise fondée en 1903 et spécialisée dans les condensateurs haute tension pour les réseaux électriques, CONDIS se trouve aujourd’hui en forte croissance, avec un projet de nouvelle usine à l’horizon 2029. Ce dialogue à deux voix permet de prendre du recul : comprendre les cycles, les périodes plus difficiles, et ce qui, au fil du temps, a tenu ou a dû être reconstruit.

 

Interview croisée de Stéphane Page, CEO, et d’Étienne Savary, retraité

Stéphane Page est CEO de CONDIS SA depuis 2023. Étienne Savary a, lui, passé 35 ans dans l’entreprise, de 1986 à 2021, en tant qu’ingénieur développement et assurance qualité, puis au cœur des produits et de la relation client. Leur échange met en lumière une réalité simple : la longévité ne se raconte pas uniquement à travers des dates ou des marchés, mais à travers une culture qui se transmet, se protège, et se répare parfois.

« Pour comprendre aujourd’hui, il faut parfois revenir en arrière »

Étienne, quand vous arrivez en 1986, à quoi ressemble CONDIS ?
Étienne Savary : Le site existe déjà, mais il n’a pas encore la forme qu’il a aujourd’hui. Une partie des activités est transférée de Fribourg à Rossens, et l’entreprise cherche de nouveaux marchés. Je suis engagé comme ingénieur développement et assurance qualité. À l’époque, je découvre même ce que cela implique vraiment. Très vite, mon travail consiste à relier les points, comprendre les matières, les composants, les exigences qualité, et faire le lien entre l’ingénierie, la production et les fournisseurs. C’est ce qui m’a permis d’entrer profondément dans le produit.

Stéphane, en arrivant en 2023, comment accueille-t-on ce type de mémoire vivante ?
Stéphane Page : C’est précisément pour cela que nous avons souhaité cet entretien à deux voix. Avec trois ans d’ancienneté, j’ai une partie de l’histoire, mais Étienne a le recul, les cycles, les repères. Ce regard long est précieux, parce qu’il aide à comprendre ce qui, dans l’entreprise, tient depuis des décennies, et ce qui doit être protégé lorsque l’on grandit vite.

« Une entreprise change de forme, mais elle peut garder son esprit »

Étienne, si vous deviez raconter l’histoire de CONDIS par grandes étapes, lesquelles ont été décisives ?
Étienne Savary : Il y a plusieurs passages structurants. Au départ, c’est une entreprise familiale, puis une structure privée, puis une entreprise avec actionnaires. Il y a la fusion du début des années 1990, puis le changement de nom, puis un tournant en 2002 avec une phase sous contrôle américain. Malgré tout, pendant longtemps, l’entreprise a réussi à garder un esprit, une rigueur, une mentalité très proche du terrain. Les choses évoluent, le marché se mondialise, mais l’esprit peut rester, tant qu’il y a des personnes capables de le porter.

Stéphane, que retenez-vous de cette idée, « changer de forme sans perdre l’esprit » ?
Stéphane Page : C’est un point central. Une entreprise qui dure est une entreprise qui sait se transformer, mais qui ne sacrifie pas ce qui fait son identité. Cette identité, chez CONDIS, est très forte, notamment dans l’attachement au territoire et dans la fierté du produit. Même en ayant doublé les effectifs en moins de trois ans, nous sentons que cette identité reste un repère. Cela ne se fait pas par miracle, cela se travaille avec discipline, et surtout dans la durée.

« Les périodes difficiles révèlent ce qu’une culture vaut vraiment »

Sur un siècle d’histoire, il y a aussi des épisodes plus difficiles. Comment CONDIS les a-t-elle traversés, humainement ?
Étienne Savary : Le climat s’est dégradé progressivement à partir de 2007–2008, et nous avons touché un point bas autour de 2018. Il y a eu une période qui a été particulièrement compliquée pour beaucoup de collaborateurs.

Et qu’est-ce qui change après 2018 ?
Étienne Savary : L’arrivée de Renaissance a été vécue comme quelque chose de positif, avec l’idée de retrouver une capacité à décider ici en Suisse, et de revenir à un fonctionnement plus proche du terrain. Il y a eu un soulagement très clair.

Stéphane, votre rôle, aujourd’hui, c’est aussi de faire oublier ces périodes ?
Stéphane Page : Plutôt que d’oublier, nous cherchons à reconstruire sur des bases saines. Une culture se renforce lorsqu’elle devient cohérente, lisible, et quand la confiance revient. C’est exactement ce que nous cherchons à sécuriser : un cadre clair, une proximité réelle, et une communication continue.

« La qualité est une boussole, mais l’humain est le moteur »

Si vous deviez citer une « boussole » qui ne change pas, malgré les cycles, laquelle serait-ce ?
Étienne Savary : La qualité. Pas comme un slogan, mais comme une conscience professionnelle. Dans notre métier, il y a le client, il y a la production, il y a les fournisseurs. Tout est lié. Nous sommes tous, d’une certaine manière, clients-fournisseurs les uns des autres. Et si chacun comprend les contraintes de l’autre, nous trouvons des solutions ensemble.

Stéphane, quelle est votre boussole à vous ?
Stéphane Page : La relation humaine. La qualité se construit, mais elle tient parce que les équipes se sentent reliées à ce qu’elles font. Pour cela, nous devons prendre le temps de la communication, à l’interne comme à l’externe, pour prendre la température, comprendre, expliquer, et embarquer. Le liant d’un groupe humain, c’est le langage. Et quand l’entreprise grandit, ce temps devient encore plus précieux, parce qu’il ne se trouve pas « entre deux réunions », il se décide.

« Transmettre, c’est mettre les mains dans le réel »

CONDIS grandit vite. Comment transmettre le savoir-faire et la culture quand l’effectif augmente ?
Étienne Savary : La transmission repose sur le terrain. Il faut aller dans les ateliers, observer, échanger, poser des questions, souvent plusieurs fois la même, « pourquoi ? », pour comprendre ce qui a du sens et ce qui est devenu une habitude obsolète. L’enjeu, c’est de garder les connaissances, tout en laissant la place au renouvellement.

Stéphane, comment traduisez-vous cela dans l’entreprise d’aujourd’hui ?
Stéphane Page : Nous avons structuré des dispositifs qui ancrent cette transmission dans la durée, avec des programmes autour des valeurs, un programme « femmes dans l’industrie », et un programme « CONDIS legacy » pour développer certaines compétences. Mais l’essentiel reste le même : cela doit s’intégrer au quotidien, dans les décisions, dans la manière de manager, et dans ce que l’entreprise valorise réellement. Si nous pensons qu’il y a une ligne d’arrivée, nous avons déjà perdu. La culture est un travail continu.

« Une entreprise centenaire, c’est une combinaison, pas une formule »

Si vous deviez résumer, chacun, ce qui fait la longévité de CONDIS, que diriez-vous ?
Étienne Savary : Une combinaison. L’intérêt pour le produit, l’engagement des équipes, la curiosité, l’identité régionale, et cette boussole de qualité qui oblige à bien faire. Et, surtout, la capacité à rester proche, à communiquer, à faire circuler les réalités entre les clients, la production et les fournisseurs.
Stéphane Page : Je dirais la même chose, avec un accent : la culture est un actif. Elle attire, elle retient, elle donne de l’énergie. Elle se protège avec une discipline de tous les jours, pas avec une initiative ponctuelle. Et quand une entreprise grandit, cette discipline devient un choix stratégique.

L’immersion chez CONDIS confirme ce que cette série d’articles a mis en lumière : la longévité d’une entreprise ne tient pas à une formule, mais à une continuité humaine qui se construit dans le temps.

Chez CONDIS comme chez SOLO Swiss, durer signifie évoluer sans rompre le fil, en s’appuyant sur une culture vivante et sur une exigence tenue dans le temps, dans les produits comme dans les relations.

Au fond, ce sont celles et ceux qui font l’entreprise qui permettent à cette continuité d’exister et de se transmettre.

Share This

Copy Link to Clipboard

Copy